Face à ce constat, le laboratoire Janssen, engagé dans la lutte contre le VIH depuis 1986, a commandé une étude «VIH et Séniors» pour en savoir plus sur la perception du VIH par les séniors1 . A l’occasion de la Journée Mondiale contre le SIDA du 1er décembre, Janssen présente aujourd’hui les résultats de cette enquête, réalisée par OpinionWay en octobre 2014.

VIH, des séniors qui s’ignorent

En 2012, en France, 6 400 personnes ont découvert leur séropositivité au VIH. Le dépistage du virus n'est pas encore entré dans les pratiques régulières des françaises et des français et l'on compte encore trop de diagnostics tardifs qui oblitèrent les chances de traiter avec succès.

Parmi les découvertes de séropositivité au VIH en 2012, 27%2 étaient tardives (<200 CD4/mm3 ou stade SIDA). Parmi les 1 500 cas de sida diagnostiqués cette année là, 85% le sont chez des personnes n’ayant pas bénéficié auparavant d’un traitement antirétroviral. Entre 2003 et 2012, la proportion des personnes de plus de 50 ans dépistées séropositives est passée de 13 à 18%. D’ailleurs, Monsieur Georges Vigarello, Philosophe, historien et Directeur d’études à l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), remarque que les séniors «ne sont plus des «retraités» et par conséquent ils ne sont plus des retraités du sexe. Ils sont en prise avec la vie».

Or les campagnes de prévention ciblées sont peu nombreuses et les soignants se trouvent face à un public doublement fragilisé. Car selon le Center for Disease Control and Prevention (CDC) américain, l'âge accélère le passage du VIH vers le développement du sida 3.

Des séniors informés mais pas concernés

1 310 individus âgés de 50 à 70 ans et 543 individus âgés de 18 à 49 ans ont été interrogés pour la réalisation de l’enquête « VIH et Séniors ». A l'heure actuelle, la population des 50-70 ans ne se considère pas comme étant moins bien informée, mais se sent moins concernée par les risques d’infection. 12% seulement déclarent se sentir concernés (vs 28% auprès des 18-49 ans). Les 50-70 ans n’estiment pas faire partie des populations les plus à risques. Les séniors se dépistent moins que les jeunes : 46% des 50-70 ans ont déjà réalisé un dépistage (vs 61% pour les 18-49 ans). Un taux qui s’élève à 59% auprès des célibataires.

Les prises de risque sont aussi plus grandes chez les séniors : parmi ceux qui ont eu plusieurs partenaires ces cinq dernières années, 37% n’ont jamais mis de préservatifs au cours de cette période et, 26% n’en ont mis que de temps en temps (vs 12% et 45% chez les 18-49 ans).

Professeur Gilles Pialoux, Infectiologue, Chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Tenon, observe ce sous-diagnostic, doublé d'un diagnostic tardif et le juge «d'autant plus regrettable que comme cette population des plus de 50 ans fréquente le système de santé, on pourrait lui proposer le dépistage du VIH et on ne le fait pas.»

Selon lui, il convient d'accentuer une prévention ciblée vers cette population, qui ne dispose que de peu d'endroits pour parler de sa sexualité et réfléchir aux modes d'amélioration de ses conduites préventives.

Note de la rédaction : Gilles Pialoux est rédacteur en chef de Vih.org.

  • 1. Etude réalisée par Opinion Way par emailing. Les interviews ont été réalisées entre le 24 et le 26 septembre 2014, entre le 01 et le 03 octobre 2014, et entre le 08 et le 10 octobre 2014.
  • 2. BEH du 1er avril 2014 - n°9-10- Découvertes de séropositivité VIH et Sida – France 2003-2012
  • 3. Le VIH-Sida et les personnes âgées, Deuxième assemblée mondiale sur le vieillissement, Madrid, 8-12 avril 2002, www.un.org/french/ageing/chap9.pdf, consulté en novembre 2014