En 2008, la Commission fédérale suisse sur le VIH / Sida a déclaré que « les personnes séropositives ne souffrant d’aucune autre MST et suivant un traitement antirétroviral efficace ne transmettent pas le VIH par voie sexuelle ». En effet, les traitements antirétroviraux permettent de réduire considérablement l’ARN du VHI-1 dans le sang, en-dessous du seuil détectable par les techniques actuelles. Mais qu’en est-il dans le sperme ? La diminution de la charge virale se retrouve également dans le plasma séminal de la majorité des patients suivant un traitement antirétroviral efficace. Cependant, il est possible, dans certains cas, que la charge virale soit indétectable dans le sang mais détectable dans le sperme. Des études ont été réalisées, au sein de couples hétérosexuels, mettant en évidence cette différence de détectabilité entre la charge virale dans le sperme et la charge virale dans le sang dans 5 à 30% des cas.

Les Docteur Jade Ghosn (Centre Hospitalier Universitaire Hôtel Dieu) et Marie Suzan-Monti ( Inserm UMR912 SESSTIM), investigateurs de l’étude EVARIST - ANRS EP 49, ont entrepris, au sein d’une population la plus exposée au risque du VIH, celle d’hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes ( HSH ), d’étudier la question de la dissociation de la charge virale dans le sang et dans le sperme et les facteurs biologiques et comportementaux qui pourraient y être associés.

Cette étude a été effectuée de juillet 2011 à avril 2012 au sein de centres cliniques parisiens. 157 HSH, infectés par le VIH-1, et ayant une charge virale plasmatique dans le sang indétectable (inférieure à 50 copies/mL) depuis au moins 6 mois ont participé à cette étude.

Lors de la première visite (J0), une série de prélèvements a été effectuée : deux échantillons couplés de sang et de sperme ont été collectés. Ces prélèvements permettent de mesurer d’une part, l’ARN–VIH dans le sperme et dans le sang (afin de s’assurer que la charge virale plasmatique est bien sous le seuil de détection) et d’autre part l’ADN-VIH qui renseigne sur la taille du réservoir viral. Un questionnaire leur a également été soumis afin de connaître leurs caractéristiques socio-démographiques, l’histoire de leur infection au VIH, leurs comportements sexuels (utilisation de préservatifs, partenaires, pratiques sexuelles) et leur consommations d’alcool, de drogue et de tabac. Une seconde visite au cours de laquelle les mêmes données sont collectées est effectuée 28 jours plus tard.

Une prévalence de dissociation de 7.6%

Sur les 304 prélèvements effectués analysables, on observe 23 prélèvements pour lesquels l’ARN-VIH dans le sperme est au-dessus du seuil de détection. Cela représente une prévalence de dissociation de 7.6%, significativement supérieure à celle mesurée au sein de couples hétérosexuels.

En analysant les facteurs biologiques et comportementaux, il apparaît que cette différence de détectabilité du VIH dans le sperme et dans le sang pourrait être liée à deux facteurs : une taille du réservoir cellulaire sanguin d’ADN-VIH élevée (supérieur à 313 copies/106 PBMC) et une consommation de cannabis lors des rapports sexuels (22.7% des HSH présentant de l’ARN-VIH dans le sperme déclaraient consommer du cannabis contre 7.3% des HSH n’ayant pas de virus détectable dans le sperme).

Cette étude originale sur la dissociation de la charge virale dans le sang et dans le sperme amène d’autres interrogations : La quantité de virus présent dans le sperme représente-t-elle un risque de transmission du VIH ? Quel est le rôle du cannabis dans la sécrétion du virus dans le sperme ? Les études doivent se poursuivre afin d’apporter des éléments de réponse essentiels à la prévention de la transmission du VIH.