C’était une très belle réunion organisée le 21 Mai dernier à l’Espace Scipion (APHP) par deux COREVIH d’Ile de France, le COREVIH Ouest et le COREVIH Nord, sous la houlette du Dr Anaenza Freire Maresca de l’Hôpital Ambroise Paré et du Docteur Florence Michard de l’Hôpital Bichat, et la Présidence du Professeur Elisabeth Rouveix.

Une réunion entièrement consacrée à la problématique des travailleur-se-s du sexe vis-à-vis des offres à venir et des recherches en prophylaxie pré-exposition ( Prep ), avec un focus notamment sur les personnes trans représentées lors de cette soirée, à la fois par le syndicat du travail sexuel (STRASS) et aussi le point de vue de Camille CABRAL (PASST) et de Giovanna RINCON (ACCEPTESS-T).

Certes, le Plan National de Lutte contre le VIH / sida et IST 2010-20141 prévoyat bien des actions orientées vers les travailleurs du sexe, mais on sait en fait peu de choses des attentes ou des craintes de celles et ceux-ci, à fortiori quand il s’agit de personne transgenre et à fortiori encore quand il s’agit d’un outil de prévention aussi novateur et complexe, et parfois polémique, qu’est la Prep.

Après une présentation globale par l’auteur de ses lignes sur l’actualité des données concernant l’utilisation de la Prep et un focus sur les données de la population des travailleurs du sexe, on peut d’ores et déjà noter le faible niveau de données disponibles. A l’exception notable, mais sans analyse de sous groupe, des 41% de « sexe tarifé » dans la population HSH de l’étude IPREX qui par ailleurs n’a recrutée que 1% de volontaires transgenres et de l’essai thaïlandais ciblé sur les usagers de drogues où, là aussi, il n’y a pas eu à notre connaissance de sous-étude sur les travailleur-se-s du sexe.

La cession a donné un angle particulier à l’essai ANRS-Ipergay avec l’intervention de Vincent Coquelin de AIDES qui a fait le point sur l’engagement du comité associatif dans Ipergay et la longue route qui a mené à la mise en place de cet essai, suivi par les témoignages de deux participant(e )s de Ipergay, Valérie qui exprimait son engagement de trans dans l’essai Ipergay et comment, pour elle, la question du placébo n’était pas un problème: «Je ne veux pas savoir si j’ai le placébo ou le Truvada… J’aime bien les mathématiques…» ; mettant l’accent sur l’intérêt théorique de le Prep intermittente: «Je baise qu’un week-end sur deux», a-t-elle précisé ; ainsi que le témoignage de Nathan, 25 ans, travailleur du sexe depuis l’âge de 17 ans et syndiqué du STRASS, par ailleurs salarié à AIDES, rappellant que les essais de Prep ne sont pas seulement des essais comprenant une molécule contre un placébo mais des essais offrant une palette d’outils de prévention qu’utilisent ou non les volontaires, Nathan précisant  aussi: «Ça arrive que je mette des préservatifs quand j’ai pas trop confiance.»

Enquête des connaissances et ressentis de la Prep

Anaenza Freire Maresca a présenté l’enquête novatrice des connaissances et ressentis de la Prep parmi les travailleurs et travailleuses du sexe (TDS) menée entre avril et mai 2014. Il s’agissait d’un questionnaire de trois questions ouvertes, simples et consensuelles disponibles sur www.men.Prepfacts.org, traduit en anglais, en bulgare, en espagnol, en mandarins et en portugais.

Le questionnaire a été envoyé par voie postale et par internet avec une participation de la plupart de la population de personnes concernées en Ile de France, notamment ACCEPTESS-T (38 retours), ARCAT (20 retours), PASTT (14 retours), STRASS (10 retours), etc… Au total 110 questionnaires ont été analysés (47 (43%) en langue espagnole, 36 (33%) en français, et le reste en Portugais, Mandarins et Anglais). Dans 73% des cas, il s’agissait de trans MtF, dans 19% de femmes, dans 5% des cas d’hommes. A signaler la relative précarité des répondants puisque 49 (45%) d’entre eux assuraient leur activité de sexe tarifé à l’extérieur, contre 35 (32%) en appartement, et 7 (6%) en camion.

L’âge médian était 38 ans (IQR29-45). De multiples pays d’origine étaient représenter avec «en tête» le Pérou (19%), le Brésil (13%), l’Equateur (12%), avec un total de 53% des répondants originaires d’Amérique latine.

A la première question «Avez-vous déjà entendu parler de la Prep?», 68% (N=75) n’avait jamais entendu parler de la Prep. 

A la deuxième question de «ce qu’aimeraient les répondants savoir sur ce nouveau type de prévention?», on retrouve avant tout , de savoir si la Prep protège des autres IST (55%)?, où trouver des médecins connaisseurs et prescripteurs de la Prep (54%)?, quels sont les effets indésirables ou secondaires (52%)?, combien de temps faut-il la prendre (51%)?, puis-je me passer de préservatifs (45%)?, il a-t-il une possibilité de remboursement par la sécurité sociale (50%)? 

A la troisième question «Identifiez-vous des difficultés spécifiques à l’utilisation type de moyen de prévention pour une personne travailleuse du sexe?», 63 (57%) expriment que les effets indésirables et/ou les aspects contraignants du traitement préventif obligent les travailleurs du sexe à modifier leur vie quotidienne et leur travail et 56% considèrent que la Prep induit un risque de contamination par d’autres IST.

Enfin, le STRASS, syndicat du travail sexuel, a exprimé un certain nombre de réserves qui sont partie prenante des débats entre travailleur-se-s du sexe, trans et Prep que l’on peut résumer ainsi: «La Prep ne protège pas des autres IST: risques de pandémie des maladies moins délétères mais tout aussi sérieuses (hépatites, syphilis)», la Prep est perçue comme un outil plus lourd que le préservatif et qu’il est plus facile de l’oublier, réticence liée à la méconnaissance des médicaments, pas assez de recul sur les effets à long terme, peur que la Prep entraine une pression plus forte à des rapports sans préservatifs et pour ce syndicat, «il apparait intolérable que ce soit encore le/la receveur/euse qui supporte la responsabilité de la prévention alors que le syndicat demande depuis des années des campagnes de sensibilisation et de prévention en direction des clients».

Gilles PIALOUX, Investigateur de l’essai ANRS-IPERGAY, était intervenant de cette réunion COREVIHs, «libre de tout soutien de l’indutrie pharmaceutique» comme l’a précisé Elisabeth Rouveix.