L’attente de la livraison du rapport 2013, qui probablement s’appellera le «rapport Morlat», a été amplifiée à la fois par la modification du paysage notamment en termes de prévention, de prise en charge globale et d’indication de traitement et sans doute aussi  dans l’attente de voir la nouvelle méthodologie de constitution et de travail du groupe d’Experts et des commissions thématiques. On a bien ressenti quelques tensions à l’intérieur même de la petite communauté des VIHologues… il fut même un temps question que la France de dispose plus de telles recommandations - Mais là le Rapport est bel et bien là – et devrait effacer toutes ses aspérités, légitimes ou pas.

Première nouveauté, c’est non pas directement Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé, qui a sollicité le responsable du groupe d’experts, mais pour la première fois a été confié-  le 19 novembre 2012 -  à Jean-François Delfraissy, directeur de l’ANRS, et à Patrick Yéni, président du Conseil National du Sida , « la responsabilité de conduire l’actualisation des recommandations françaises de prise en charge des personnes infectées par le VIH » ; ces deux derniers ayant désigné le Professeur Philippe Morlat (Bordeaux) pour diriger le groupe d’Experts mis en place le 11 janvier 2013. Cette méthodologie vaut une page entière au rapport puisque principal élément qui a modifié à la fois la saisine et la constitution du groupe d’experts dans l’application des principes guidés par la loi du 29 décembre 2011 relative au renforcement de la sécurité sanitaire et des produits de santé particulièrement par ses dispositions ayant trait aux  « liens d’intérêt ». Souvent improprement baptisés en raccourci : «conflits d’intérêts». De fait, les membres du groupe d’Experts ont été très probablement sélectionnés sur l’application de ce texte de Loi et ont, en tout cas, dument rempli une DPI (déclaration Publique d’Intérêt - arrêté du 5 07 2002 et instruction du 2 08 2012) transmise aux autorités de santé. Le groupe qui comporte 23 cliniciens, biologistes et scientifiques est renouvelé dans sa constitution.

Pluridisciplinaire

Comme le précisent les commanditaires de ce rapport, le rapport d’experts est par essence un rapport pluridisciplinaire. Qui  touche tous les aspects de la prise en charge qu’elle soit médico-sociale, associative, biologique, clinique, allant de la procréation médicalement assistée à la PreP , en passant par les politiques de dépistage. Une largeur d’approche qui ruine l’argument selon lequel on n’avait pas besoin de recommandations françaises dès lors qu’il existe des recommandations internationales, américaine ou britannique ; argument fallacieux pour un rapport qui, à la différence des autres, va bien au delà des lignes thérapeutiques antirétrovirales et sur cela le rapport Morlat suit les rapports précédents. La plupart des recommandations étiquetées dans le rapport sont assorties d’une gradation et de niveau de preuve en pesant sur des définitions classiques de A, B ou C pour les recommandations et de 1, 2 ou 3 pour les niveaux de preuve.

Comme le rappelle Philippe Morlat dans son avant-propos, les recommandations ont été « établies consensuellement par les 23 membres du groupe d’experts et ont bénéficié de la réaction préalable d’un collectif ayant rassemblé au sein de différentes commissions de travail près de 200 personnes impliquées dans des champs thématiques variés » avec une représentation associative notamment le TRT5 qui est la règle depuis plus de 15 ans.

Notes

Gilles Pialoux était membre du sous groupe de travail «hépatites» du rapport d’Experts 2013