Elles sont présentées au Séminaire de recherche de l'Anrs consacré cette année au thème «Prévention et prise en charge du VIH/sida: vers des approches personnalisées?» (Paris, 25-26 avril 2013).

Sur les 150 000 personnes qui vivent actuellement avec le VIH en France, environ 20% ne savent pas qu'elles sont infectées par le VIH selon une étude de modélisation réalisée par Virginie Supervie de l'unité « Epidemiologie, stratégies thérapeutiques et virologie clinique dans l'infection à VIH » U943 de l' Inserm et Université Pierre et Marie Curie, dirigée par le Dr Dominique Costagliola. Les résultats de cette étude sont présentés lors du séminaire de recherche organisé par l'Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS) les 25 et 26 avril 2013, à Paris. Le thème de ce séminaire est «Prévention et prise en charge du VIH/sida: vers des approches personnalisées?».

Par une méthode dite de rétrocalcul à partir des données disponibles sur l'incidence et l'histoire naturelle de l'infection, cette étude a permis d'estimer le nombre de personnes ignorant leur séropositivité pour le VIH à la fin de l'année 2010, de préciser leur profil et ainsi de caractériser l'épidémie cachée en France.

La prévalence des personnes ne connaissant pas leur infection par le VIH est beaucoup plus élevée parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes (288 pour 10 000) que dans les autres populations : 62 pour 10 000 parmi les usagers de drogues par voie intraveineuse, 36 pour 10 000 parmi les hétérosexuels nés à l'étranger et 3 pour 10 000 chez les hétérosexuels français. Globalement, dans deux tiers cas, cela concerne des hommes.

Perte de chance

Les chercheurs mettent aujourd'hui en évidence que dans près de 30% des cas, l'infection par le VIH est récente, datant d'un an au maximum. A l'inverse, 16% de ces personnes sont infectées depuis plus de cinq ans. Ils estiment par ailleurs que 59% des personnes ignorant leur statut sérologique ont un nombre de lymphocytes CD4, les cellules du système immunitaires qui constituent la cible principale du VIH, inférieur à 500/mm3. En d'autres termes, près de six personnes sur dix au sein de l'épidémie cachée devraient dès à présent recevoir un traitement contre le VIH.

« Notre étude montre que l'absence de diagnostic constitue indéniablement une perte de chance pour une grande part de ces personnes vivant avec le VIH sans le savoir, explique Virginie Supervie. Ne bénéficiant pas d'un traitement antirétroviral, elles présentent en effet un risque élevé de morbidité et de mortalité, en particulier les 19% d'entre elles qui ont moins de 200 CD4/mm3. »

Le pourcentage de contaminations récentes souligne également l'urgence à réduire le délai entre l'infection et son diagnostic. « Nous savons que ce sont les personnes ignorant leur statut sérologique qui sont à l'origine de la majorité des cas de transmission du virus à de nouvelles personnes, poursuit Virginie Supervie. L'enjeu de santé publique est donc très important ».

Cette étude met en lumière l'intérêt de favoriser l'accès au dépistage par tous les moyens possibles et de multiplier les occasions de connaître son statut sérologique. L'avis favorable donné récemment par le ministère de la Santé à la mise à disposition d'autotests de dépistage du VIH s'inscrit dans cette nécessité d'élargir les occasions de dépistage, en complément des dispositifs existants.

Les autotests de dépistage de l'infection par le VIH sont réalisables soi-même à partir d'un échantillon de salive. Ils délivrent un résultat en 20 à 30 minutes. Ils ont reçu récemment l'avis favorable du Conseil national du sida et le Comité consultatif national d'éthique a, de son côté, émis des recommandations sur l'accompagnement de la commercialisation des auto-tests (1) et (2).

Référence

Délai entre infection et diagnostic et épidémie cachée du VIH en France. Virginie Supervie (Unité « Epidemiologie, stratégies thérapeutiques et virologie clinique dans l'infection à VIH » U943 de l'Inserm et Université Pierre et Marie Curie). Présentation au Séminaire de recherche 2013 de l'Anrs «Prévention et prise en charge du VIH/sida: vers des approches personnalisées?».

Notes

1 - Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé, « Les problèmes éthiques posés par la commercialisation d'autotests de dépistage de l'infection VIH », avis n°119, 21 février 2013.

2 - Conseil national du sida, « Avis sur les autotests de dépistage de l'infection à VIH », 20 décembre 2012.