Cet article a été publié dans Transcriptases n°149 Spécial Washington 2012réalisé en partenariat avec l'ANRS.

Les TROD (pour tests rapides d’orientation diagnostique) sont une nouvelle fois apparus comme un outil essentiel au service du dépistage précoce du VIH, notamment dans le cadre d’actions de dépistage et de prévention ciblées auprès des publics les plus exposés au risque d’acquisition du VIH. Intégrés à des programmes de réduction des risques sexuels, les TROD permettent d’aller vers les personnes à travers des actions d’outreach, facilitant l’accès et le recours au dépistage de routine.

C’est principalement lors du satellite coorganisé par Sidaction et l’ agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites (ANRS) que des recherches et actions utilisant les TROD ont été présentées. Consacrée à l’épidémie cachée, cette session s’est intéressée aux stratégies permettant de mieux cibler les actions de dépistage. Grâce à un nouveau modèle de rétrocalcul1, on estime entre 24000 et 29000 le nombre de personnes ignorant leur séropositivité en France, dont 31% d’hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes ( HSH ) et 33% d’hétérosexuels étrangers. Or, à l’inverse, 92% des personnes diagnostiquées séropositives au VIH sont effectivement prises en charge dans le système de santé, et 75% d’entre elles ont une charge virale contrôlée. Dans la mesure où l’incidence du VIH en France ne diminue pas, on peut en déduire que la contribution des infections à VIH non diagnostiquées aux nouvelles contaminations est considérable. Ces estimations confortent la nécessité de multiplier les occasions de dépistage, notamment en direction des groupes les plus exposés, surreprésentés dans cette estimation au regard de leur proportion en population générale. Diminuer le nombre de personnes n’ayant pas connaissance de leur séropositivité permettrait d’augmenter la proportion de personnes vivant avec le VIH suivies et traitées afin de casser la dynamique de l’épidémie.

Pour diversifier l’offre de dépistage, deux types de stratégies ont fait l’objet d’expérimentations utilisant les TROD : l’une en direction de la population générale, l’autre en direction des publics prioritaires.

L’étude du Professeur Anne-Claude Crémieux, menée au sein de 29 services d’urgence franciliens, visait à évaluer une proposition systématique de dépistage en population générale. Pendant six semaines, médecins et infirmiers devaient proposer un TROD à toutes les personnes se présentant dans leur service. Ce sont 20962 personnes qui ont reçu une proposition de tests et 13229 qui l’ont accepté, soit un taux de refus de près de 40%. Sur les 12754 tests réalisés, 38 se sont révélés positifs. Toutefois, 16 patients avaient déjà connaissance de leur séropositivité VIH, et l’ensemble des nouveaux diagnostics concernait des personnes appartenant à des groupes fortement exposés (HSH, migrants...). Les résultats de cette recherche remettent donc partiellement en cause l’intérêt des stratégies de dépistage universel en population générale, et ce, d’autant plus que l’étude de Virginie Supervie démontre qu’une telle offre s’avérait peu efficace en population générale, alors qu’elle serait coût-efficace auprès des publics prioritaires, et notamment des HSH.

Deux actions d’outreach en direction des HSH ont également été présentées : Flash Test coordonnée par Sidaction et une action burkinabèse menée à Ouagadougou par l’Association africaine de solidarité (AAS).

Flash Test s’est déroulée durant une semaine du 2 au 8 avril 2012 dans plus de cinquante sites (médicalisés ou non) en Ile-de-France, fréquentés par les publics HSH. Sur plus de 550 dépistages réalisés à l’aide de TROD, 369 concernent le public-cible de l’opération dont 9 se sont révélés positifs, soit une prévalence de 1,9%.

D’après les données recueillies auprès du public, Flash Test a permis de toucher des personnes n’ayant pas recours régulièrement au dépistage puisque 42% d’entre elles n’avaient réalisé aucun test dans les douze derniers mois, et jusqu’à 50% des hommes de plus de 45 ans, plus éloignés que les autres du dépistage.

L’action conduite à Ouagadougou par l’AAS a également été menée auprès d’HSH. Une fois par trimestre depuis 2010, une unité mobile médicalisée proposant un dépistage rapide est postée à proximité de maquis (bars et discothèques) fréquentés par les HSH. Une vingtaine d’éducateurs pairs vont à la rencontre des clients pour les sensibiliser à la prévention et leur proposer un dépistage. Cette action met en évidence la gravité de l’épidémie chez les HSH puisque 7% des personnes dépistées ont reçu un résultat positif (la prévalence du VIH au Burkina Faso est d’environ 2% pour la population générale). Elle montre également l’efficacité d’une offre de dépistage portée conjointement par des éducateurs pairs et des professionnels de santé, puisque depuis le démarrage de l’action, 556 dépistages ont été réalisés.

Alors que la FDA [l’Agence fédérale américaine des produits alimentaires et médicamenteux] annonçait à la veille de la conférence la mise en vente d’un test rapide VIH salivaire dès le mois d’octobre, il était essentiel de s’intéresser à cette nouvelle offre de dépistage que représente l’autotest.

Tim Greacen (Directeur du laboratoire de l’EPS Maison-Blanche), a analysé les résultats de l’enquête Webtest menée en ligne auprès de 9169 HSH vivant en France. Parmi les répondants, 86,5% ont déclaré vouloir un accès aux autotests en ligne principalement pour des raisons de rapidité, de commodité et de discrétion. Cet intérêt pour les autotests est à associer à d’autres variables comme le fait de vivre sa sexualité avec d’autres hommes dans le secret, de prendre des risques, ou encore de vivre dans une petite ville.

Si l’autotest suscite de nombreuses questions, il est nécessaire d’explorer cette piste et d’imaginer une offre de prévention et de soutien associée qui permettrait d’élargir la gamme du dépistage et du counseling en s’adressant notamment aux personnes issues des groupes les plus exposés n’ayant actuellement pas recours au dépistage.

Les Rapid Tests étaient également au coeur de la présentation de l’étude de coût-efficacité menée par Angela Hutchinson2 sur la fréquence du dépistage du VIH auprès d’une cohorte de 10000 HSH aux Etats-Unis. Les résultats montrent qu’en comparaison d’un dépistage annuel, le dépistage de routine tous les trois à six mois permet respectivement d’éviter 2,04 et 1,36 transmissions du VIH. En conclusion de l’étude, l’auteure souligne que le dépistage de routine tous les trois mois pour les HSH avec des tests conventionnels (de quatrième génération) et plus encore les TROD est coût-efficace et conclut à la nécessaire réévaluation des recommandations en matière de dépistage du VIH pour les HSH.

Enfin plusieurs actions de prévention utilisant les TROD ont été sous forme de posters. C’est le cas de l’étude «SPOT», recherche-action offrant, dans le cadre du dispositif à la fois communautaire et médicalisé, un dépistage rapide, gratuit et anonyme du VIH aux HSH vivant à Montréal. Cette étude s’est notamment intéressée aux habitudes de dépistage des HSH en comparant les trois principaux groupes de participants (HSH ayant réalisé un dépistage pour la première fois, HSH ayant recours régulièrement au dépistage et HSH ayant un recours tardif au dépistage). Les résultats de l’étude indiquent qu’un dispositif de santé sexuelle et de dépistage dédié aux HSH permet d’amener les personnes les plus éloignées du dépistage à recourir à des tests de routine, et participerait donc à la réduction de la diffusion du VIH au sein de la communauté.

Depuis le 8 mai 2011, SPOT a débuté une nouvelle phase de recherche associant le dépistage rapide à un modèle d’intervention brève soutenant la capacité des participants à réaliser les changements qu’ils souhaitent apporter à leurs comportements. Un entretien leur est proposé tous les trois mois afin de pouvoir évaluer les effets à courts et moyens termes de cette stratégie. La nouvelle orientation de SPOT intègre le concept de prévention combinée qui associe les approches comportementales et biomédicales (renforcement des capacités préventives individuelles et collectives, préservatif, dépistage répété, ARV précoce, TPE...) permettant de réduire le risque de transmission ou d’acquisition du VIH.

L’ensemble de ces résultats confortent les recommandations de diversifier les offres de dépistage, notamment en direction des publics les plus exposés. L’un des objectifs prioritaires fixé lors de cette conférence est de réduire le nombre de personnes ne connaissant pas leur statut sérologique et de favoriser un recours précoce au dépistage, dans une stratégie Test and Treat, afin d’enrayer la dynamique de la transmission du VIH au sein des groupes prioritaires et in fine de la population générale.

  • 1. Virgine Supervie, Jacques Ndawinz et Dominique Costagliola, Inserm 943 et Université Pierre et Marie Curie, Paris, France
  • 2. Center for Disease Control and Prevention - Division of HIV/AIDS Prevention / Atlanta / USA