Cela pourrait passer pour un paradoxe. Mieux l'épidémie est connue, plus il est difficile d'ajuster les actions de dépistage susceptibles de modifier la courbe de l'épidémie. Les moyens de dépister et les dispositifs se diversifient, mais pour autant comment les rendre vraiment efficaces ? Sidaction soutenait quatre des cinq intervenants de cette session présidée par le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l'ANRS, et Laure Gigout, directrice des programmes scientifiques de Sidaction. Au préalable, la Pr Françoise Barré-Sinoussi, qui prendra la présidence de IAS à l'issue de AIDS 2012, a réaffirmé l'enjeu d'un dépistage mieux ciblé.

Au commencement étaient les mathématiques

Virginie Supervie ( Inserm ) a présenté les calculs qui permettent d'estimer le nombre de personnes vivant avec le VIH sans le savoir. Elles seraient 29 000, soit la moitié du nombre utilisé dans les campagnes nationales sur le dépistage. Par ailleurs, le pourcentage de personnes dont la charge virale est contrôlée s'élève à 56 % du nombre estimé de personnes vivant avec le VIH (PVVIH). A moins de 60 %, il est considéré qu'il n'y a pas d'impact collectif du traitement sur la dynamique de l'épidémie.

Multiplier les occasions de dépistage

L'offre de dépistage doit donc se diversifier. La Pr Anne-Claude Crémieux a présenté les résultats d'une recherche effectuée dans la moitié des services d'urgence franciliens. Un test rapide de dépistage était proposé à toutes les personnes se présentant, pendant presque un an. Le taux de refus a été d'environ 40%, en partie parce que les personnes ne se sentaient pas concernées. Cette recherche a permis des découvertes d'infection essentiellement pour des personnes appartenant à des groupes exposés comme les gays ou les migrants.

Aller au plus près des personnes

Il est donc nécessaire d'aller au devant les groupes les plus exposés. Deux actions d'outreach ont été présentées. Sandrine Fournier, chargée de mission prévention gay de Sidaction a fait part des premiers résultats de l'opération Flash Test. Cette semaine de dépistage à l'intention des gays en Ile-de-France a eu lieu en avril dernier. Dans une quarantaine de sites fréquentés par des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, des médecins, des soignants, des acteurs associatifs et communautaires, ont proposé des tests rapides. Pour près de 40 % des personnes dépistées, le dernier test remontait à plus d'un an.

Patrice Koblavi a présenté une action conduite à Ouagadougou (Burkina Faso), également auprès d'un public ayant des relations homosexuelles. Une unité de dépistage mobile s'installe devant le maquis fréquenté par les hommes, et des pairs présents au bar ou près de la piste invitent les personnes à se faire dépister. Les résultats sont remarquables : 8 % des personnes dépistées ont découvert leur infection grâce à cette action.

Et demain, l'autotest ?

Tim Greacen (EPS Maison Blanche) a présenté les résultats d'une enquête en ligne sur les attentes des hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes ( HSH ) à l'égard des autotests. Encore interdits à la vente en France, ils sont accessibles sur Internet. Plus de 80 % des répondants souhaitent pouvoir en disposer. Même si comme l'a souligné l'intervenant la réalisation de test chez soi ferait perdre de l'information pour la veille sanitaire, les autotests doivent être intégrés à la panoplie des outils disponibles.

>>> Washington 2012

Toute l'actualité de Washington 2012 est sur Vih.org. A l'occasion de la conférence, Vih.org participe à l'Agence de presse francophone mise en place par Sidaction.
Les photos et l'ambiance de la conférence sont sur Vu.vih.org.