A l'occasion des Journées scientifiques 2010 des jeunes chercheurs en sciences sociales et VIH/sida, Alexandre Mergui (Paris VIII, Inserm ) s'est penché sur l'impact du genre et du mode de contamination sur les représentations de la sexualité chez de jeunes adultes vivant avec le VIH.

L'irruption du VIH/sida dans les années 80 a modifié la manière de conduire les recherches sur la sexualité. . Faces aux enjeux posés par l'épidémie, une part importante des différentes recherches a été dirigée par des préoccupations épidémiologiques.

Ainsi, de nombreuses recherches privilégient, dans une optique de prévention, cette approche de la sexualité, indispensable, mais également caractérisée par l'extériorité et l'observabilité contribuant à une spécification minimale de l'activité humaine et à une réduction des explications et des significations qu'elle pourrait revêtir (Giami, 1991).

En France, l'augmentation significative des infections sexuellement transmissibles, le maintien d'un taux constant de séroprévalence du VIH et l'allongement de l'espérance de vie des personnes infectées par les VIH grâce à l'arrivée des traitements antirétroviraux en 1996, a entrainé l'entrée de la question de la vie affective et sexuelle dans la sphère du soin du VIH par la santé publique ( CNS , 2005 ; Desenclos, 2002 ; Cazein, 2004).

Le statut du VIH évoluant de celui de maladie létale à celui de maladie chronique, l'activité sexuelle des personnes séropositives a été envisagée et étudiée à la fois dans une dimension quantitative, avec l'objectif préventif de comprendre et de limiter les situations de contaminations, et dans une dimension qualitative, avec une réflexion sur le bien être sexuel des personnes séropositives s'inscrivant dans le paradigme de la santé sexuelle, et avec la mise en place de dispositifs destinés à son amélioration.

Littérature

Vivre avec le VIH constitue un contexte particulier au sein duquel se mêlent des contraintes externes (traitement, secret autour de la sérologie , port systématique du préservatif) et des représentations associant fréquemment VIH et sexualité d'une manière spécifique.

Au sein du corpus d'études prenant pour objet la sexualité chez les séropositifs, celles qui concernent la vie sexuelle des adolescents et des jeunes adultes séropositifs restent très minoritaires, notamment pour les cas de transmission materno-foetale.

De surcroit, la sexualité est envisagée chez ces jeunes principalement sous l'angle des comportements et des pratiques sexuelles, préventives, procréatives et contraceptives et peu sous celui des dimensions subjectives de la sexualité (expérience subjectives, représentations, désir, imaginaire, érotisation) dont l'investigation permettrait d'aller au delà des points de butée du courant quantitatif, qui a échoué à rendre compte des échecs de la prévention et des différences de parcours chez des individus exposés aux même conditions « objectives » (variables socioéconomiques, démographiques, etc. ).

Approche théorique et méthodologique

Dans une approche qualitative, avons exploré l'expérience subjective de la sexualité, définie comme le sens que les sujets attribuent eux même à leur vécu (ou sens vécu, Santiago...) chez des jeunes adultes séropositifs, et son articulation à celle du VIH, en examinant l'impact du genre et du mode de contamination sur les représentations de la sexualité, considérées comme le lieu d'un aménagement subjectif entre le monde psychique et la biographie d'un sujet, au sein du cadre socioculturel dans lequel il évolue (approche intégrative).

A travers une vingtaine de témoignages, recueillis auprès de personnes des deux sexes, âgés de 18 à 25 ans, contaminées par voie verticale (mère-enfant) et par voie sexuelle, et analysés par une méthode inspirée de la Grounded Theory d'une part, et par des analyse de cas approfondie d'autre part, nous avons repéré , en fonction du mode de contamination et du genre, différentes expériences de vie avec le VIH articulées à diverses expériences de la sexualité.

Résultats (provisoires)

Chez les jeunes adultes contaminées par voie sexuelle, 3 différents profils ont été repérés (dont 1 est majoritaires et les 2 autres minoritaires de manière égale).

Ces profils renvoient à des expériences ayant pour trait commun d'être situés par les sujets au moment de l'annonce de leur diagnostique. Le vécu de cette annonce et la mise en sens de celui-ci vont être à l'origine du réaménagement, du maintien, ou de l'abandon de la vie sexuelle antérieure qui va s'organiser différemment, notamment au regard des représentations de la sexualité, et de la question du secret et de la révélation de la sérologie à l'entourage et plus particulièrement au(x) partenaire(s) sexuels(s).

Les jeunes contaminés par voie materno-foetale semblent en revanche s'inscrire dans une expérience du VIH et de la sexualité assez homogène même si de singularités subsistent.

Leur expérience spécifique du VIH et l'annonce diffuse de leur diagnostique entraine une entrée dans la sexualité parfois proche celles des jeunes non contaminés, même si celle-ci peut réactiver des problématiques de la contamination de l'autre, et de la révélation du diagnostic au partenaire sexuel et de la peur du rejet.

L'analyse de ces diverses expériences nous a permis d'observer comment le secret autour de la séropositivité ou sa révélation au partenaire sexuel jouent un rôle organisateur dans l'activité sexuelle (abstinence, relations occasionnelles ou relations durables), et ce dans des modalités différentes an fonction du genre et du mode de contamination.

Nous avons également observé comment les représentations associant le VIH à une sexualité transgressive peuvent générer des représentations « idéalisées» de la sexualité ou comment celles associant le VIH à la mort peuvent générer des représentations morbides de la sexualité, pouvant altérer le désir sexuel (inhibition du désir).

>>> Cette présentation fait partie des interventions des Journées scientifiques 2010 des jeunes chercheurs en sciences sociales et VIH/sida. La seconde journée était consacrée aux Recherches contemporaines sur la sexualité au temps du VIH/sida