Dans l'univers medico-scientifique, où domine soit la parole des ténors du VIH incrédules vis-à-vis de la possibilité d'un vaccin anti-VIH soit le poids des résultats des essais de phase 3 négatifs qui sont bien en deçà des attentes, la double publication le 9 juillet dans la revue Science d'anticorps neutralisants  appelés VRC01 et VRC02 capables de bloquer in vitro la majorité des souches connues du VIH 1 a pour le moins été bien accueillie (lien yagg). Anthony Fauci (NIAID) y est allé de son discours positiviste: «la découverte de ces anticorps au pouvoir étendu de neutralisation du VIH et l'analyse qui explique comment ils opèrent représentent des avancées exaltantes qui vont accélérer nos efforts pour découvrir un vaccin capable de protéger de façon étendue contre le virus responsable du sida Autant dire le contraire de la prudence. Un enthousiasme répété lors d'une conférence de presse de Global HIV Vaccine enterprise, à Vienne, lundi 19 juillet. 

Dans son communiqué qui accompagne la publication de Wux et ol et de ZhouTetol al, le NIAID l'institut américain enfonce le clou de la bonne nouvelle : «Les scientifiques on trouvé que VRC01 et VRC02 neutralisent plus de souches de VIH et avec une infinité plus grande que tout ce qui a été préalablement publié en terme d'anticorps contre le virus.» Et comme on n'en est pas à un effet d'annonce près, les auteurs du communiqué du NIAID stipulent que: «De plus, la technique à laquelle l'équipe de recherche a recouru pour trouver ces anticorps représente une nouvelle approche qui pourrait être appliquée à la conception et au développement d'un vaccin contre de nombreuses autres maladies infectieuses.» Autant dire un important effet déclaratif pour deux publications néanmoins essentielles. De quoi s'agit-il?

Une approche vaccinale du début du VIH

Les rapports entre possibilité d'induire des anticorps neutralisants et protéger, dans une approche vaccinale du VIH (vaccin thérapeutique ou préventif), datent quasiment du début de l'histoire du virus. On sait par exemple que, dès le début des années 90, différents types d'immunothérapie passive ont été développés pour éventuellement permettre, à titre thérapeutique cette fois, la perfusion d'anticorps monoclonaux ou  anti-VIH issus de donneurs. Depuis ces épreuves d'immunothérapie passive des années 95 qui ont montré des effets ponctuels sur la charge virale sans démontrer de réel intérêt clinique à long terme plusieurs anticorps monoclonaux humains ont été produits à partir de lymphocytes B des sujets infectés par le VIH. Avec souvent une remarquable fonction  neutralisante  anti-VIH conservé à travers les différents types de virus.

Ces anticorps étaient initialement dirigés contre des sites antigéniques conservés de l'enveloppe virale, contre le site de fixation au récepteur  CD4 ou contre d'autres déterminants de surface ou de fusion transmembranaire à l'image de la GP41. Des premiers essais d'immunothérapie spécifique avec des anticorps 2F5 ou 2G12 on été publiés au début des années 2000. Engouement scientifique relativement modéré et légèrement freiné par la publication en 2005 d'activité auto-immune de certains de ces anticorps notamment vis-à-vis des phospholipides.

Coté vaccinal, les anticorps neutralisants ont été les premières cibles de la recherche vaccinale anti-VIH. Ainsi les premiers essais vaccinaux de Phase I menés notamment en France sur ds volontaires sains...  non infectés par le VIH  avait montré qu'une immunisation par des glycoprotéines d'enveloppe recombinantes (rgp 120 ou rgp 160) ou par des peptides V3 correspondant à la région hyper variable  de la GP120 pouvait entrainer précisément une production d'anticorps neutralisant le VIH 1. Malheureusement, cette neutralisation s'exerçait in vitro contre la souche de laboratoire dont était dérivé le candidat vaccin sans possibilité de neutralisation des isolats sauvages tels que ceux issus de personnes vivant avec le VIH. On sait que les isolas primaires circulant dans la nature sont beaucoup plus résistants à la neutralisation que les souches adaptées aux laboratoires. 

Des études récentes d'épidémiologie moléculaire ont relancé l'hypothèse de l'intérêt des anticorps neutralisants en montrant que le sérum de 10 à 25 % des personnes infectées par le VIH contenait des anticorps neutralisants dont certains pouvaient neutraliser la majorité des virus des différents sous types. A partir de ce moment là, les deux équipes nord américaines sont parties de travaux préalables, notamment de description de la structure tridimensionnelle du complexe formé par l'anticorps neutralisant b12 et le récepteur CD4. Pour donner un ordre de grandeur, ces anticorps monoclonaux type b12 ou HJ16 neutralisent environ  40% des isolats viraux circulants.

Le parti pris de ce travail a été de partir de l'identification des sérums de patients contenant des complexes anticorps neutralisant/récepteur CD4 et d'isoler les lymphocytes B de ces patients VIH+. Par expression des gènes des immunoglobulines des cellules B triées, les auteurs ont identifié trois anticorps monoclonaux (dont deux étaient en fait des variants somatiques) qu'ils ont baptisés VRCO1 et VRCO2. Ces anticorps,  in vitro tout au moins, neutralisent environ 90% des souches VIH circulantes. Le VRC 01, par exemple, mime partiellement l'interaction de la molécule CD4 avec la protéine virale, mais le fait qu'il soit dirigé contre un site invariant de la gp120 explique sa large capacité de neutralisation. C'est indiscutablement un progrès sur la voie des anticorps neutralisants, de leur capacité à se jouer précisément de la variabilité du VIH 1 en sélectionnant pour l'immunisation des sites antigéniques conservés d'une souche virale à l'autre.