La conférence de Vienne sur le sida , qui rassemble près de 25 000 participants, s'est ouverte hier soir dans une scénographie, devenue immuable (voir notre article: Session d'ouverture: L'arme des chiffres.) avec une manifestation d'activistes inquiets d'une remise en cause des financements internationaux. Lors de la séance d'ouverture, Michel Sidibé, directeur de l'Onusida, a déclaré : «Pour la première fois de la décennie, les investissements n'ont pas augmenté. Des millions de personnes vont mourir si nous n'offrons pas une meilleure coordination et efficacité des services.» Cette conférence, miroir de l'engagement politique mondial, se tient sans personnalités politiques d'importance, une première. Attendue ce matin à Vienne, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, répond pour Libération aux critiques émises sur la politique française. Sur la réduction des risques chez les toxicomanes, elle accueille favorablement la recommandation de l' Inserm concernant la création de «salles d'injections»

Il y a deux ans, lors de la conférence de Mexico, vous n'étiez pas venue. Vous venez à Vienne. Pourquoi?

J'étais dans l'impossibilité de me rendre à Mexico et certains y ont vu, par erreur, une marque de désintérêt C'est avec grand plaisir que je vais à Vienne. Le sens de ma venue est clair: réaffirmer l'engagement de la France sur le plan international, mais aussi sur le plan national. Nous sommes en train de préparer le 5° plan de lutte en France qui doit traduire une inflexion forte de la politique de santé en ce domaine car je pense que nous sommes aujourd'hui en mesure de casser l'épidémie dans notre pays.

Qu'en est-il de l'aide française? Certains craignent un désengagement. 

Il n'en est rien. J'entends réaffirmer l'engagement financier de la France auprès du Fonds mondial qui sera conforté à haut niveau. En effet, la France est moteur au niveau international, et nous n'avons pas à en rougir, loin s'en faut. Avec 300 millions par an pour le Fonds mondial, nous sommes le premier contributeur européen et le deuxième contributeur mondial après les USA. S'ajoute les 160 millions alloués à Unitaid, grâce à la taxe sur les billets d'avions. Parallèlement, nous maintenons la contribution bilatérale de la France avec le GIP Esther qui intervient dans 18 pays.

Enfin, dans la droite ligne du dernier sommet du G8, le Président de la République annoncera lors de l'Assemblée Générale des Nations Unies en septembre, les engagements de la France pour la période 2011-2015, notamment en matière de santé maternelle et infantile. 

La quasi totalité du monde sida en France dénonce l'absence de plan en France. Où en est-on?

D'abord, le document qui a circulé n'était pas le plan finalisé mais un document de travail qui visait à permettre à l'ensemble des acteurs de s'exprimer. Je regrette qu'il y ait eu sur ce sujet une incompréhension.

En tout cas, nous travaillons sur le plan lui-même, et nous allons intégrer tous les rapports qui ont été faits sur ce sujet, comme celui de la HAS, de France Lert et de Gilles Pialoux, mais aussi celui du professeur Yeni qui me sera remis à Vienne, ainsi que le rapport de l'INSERM sur la réduction des risques chez les usagers de drogue. Sur la base de ces nombreuses contributions et après une nécessaire phase de concertation avec les acteurs et notamment le Conseil National du Sida et la Conférence Nationale de santé, je présenterai le plan à la rentrée.

Qu'y aura-t-il?

Je veux aller vers un plan de santé publique, car on ne peut plus se contenter d'avoir une approche sectorielle.

D'abord, c'est le renforcement du dépistage dans la population générale, dans le cadre du système de soins, en particulier avec les médecins traitants. Une campagne d'information à l'attention du grand public sera d'ailleurs lancée à la fin de l'année. Nous entendons également réformer le dispositif du dépistage anonyme et gratuit en allant plus loin que la simple fusion des CDAG et CIDDIST.

Sur des groupes plus ciblés et en particulier pour répondre à l'urgence sanitaire d'aujourd'hui à savoir l'épidémie chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, je veux ouvrir dès 2011 10 centres de dépistage réalisés par des non professionnels de santé au sein desquels les associations interviendront au plus près des besoins des populations. Ces centres travailleront, en particulier auprès des gays ; sur ce point, nous devons encore régler quelques difficultés juridiques. Mais je le redis: sur le dépistage, je n'ai qu'un objectif: le destigmatiser, le banaliser.

Vous avez reçu, également, un rapport sur les centres de shoot pour les toxicomanes par voie intraveineuses.

Tout d'abord, je tiens clairement à dire qu'il ne s'agit pas, avec ces dispositifs, de dépénaliser l'usage de drogue. Il s'agit bien d'une démarche sanitaire et c'est dans ce cadre que j'ai saisi l'INSERM car, en tant que ministre de la Santé, je suis en charge de la politique de la réduction des risques chez les usagers de drogue. Dans le rapport, les experts affirment qu'il faut une politique de prise en charge globale intégrant la prévention, la réduction des risques et les soins. Sur le sujet que vous évoquez, je constate que l'INSERM et au-delà, la communauté médicale, a émis une recommandation favorable à la mise en place expérimentale de ce qu'il faudrait mieux appeler des centres de consommation supervisés. Il nous revient de prendre en considération cet avis et d'engager une concertation avec tous les partenaires concernés et notamment les collectivités locales.

Et les centres de santé sexuelle ?

J'y suis favorable, mais avant de prendre ma décision j'attends de lire le rapport de l'IGAS  à ce sujet. En tout cas, en septembre nous présenterons toutes les décisions. Ceux qui étaient inquiets seront, je le crois, alors pleinement rassurés.

Propos recueillis par Eric Favereau.

>>> Vienne 2010
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