Cet arrêté s'inscrit dans l'attente, celle de la version définitive du plan national de lutte contre le sida 2010-2014 qui devrait à l'évidence reprendre une partie des recommandations de l'avis du CNS et de l'imposant rapport de l'HAS 2009 sur la politique de dépistage.

Deux éléments importants

Le texte fixe deux éléments importants:

1) Le diagnostic biologique de l'infection par le VIH 1 et par le VIH 2 est simplifié: En effet, le dépistage du VIH dans les laboratoires de biologie médicale publique ou privée n'utilisera qu'un seul réactif au lieu de deux pour la méthode du double déterminant ELISA. Les nouveaux tests de quatrième génération détectent de façon combinée les anticorps anti-VIH 1 et anti-VIH 2 et l'antigène P24. Ils ont l'avantage de réduire la période d'incertitude entre une exposition au risque et le moment où on peut s'assurer que la personne prélevée est séronégative, la passant ainsi à 6 semaines au lieu de 3 mois.

2) Ce texte est le premier qui fixe enfin les conditions de mise à disposition des tests de diagnostiques rapides du VIH, pour les médecins exerçant en cabinet et en établissement de santé, mais aussi les biologistes médicaux, les sages-femmes, les infirmiers, les techniciens de laboratoire et cela sous la responsabilité d'un médecin ou d'un biologiste médical.

    La situation d'urgence prévue par le cadre de l'arrêté est cependant restrictive :

    - En cas d'exposition au sang pour tester la «personne source»;
    - En cas d'exposition sexuelle récente pour tester un partenaire afin de proposer éventuellement un traitement post exposition (TPE).;
    - Au cours d'un accouchement, dans le cas où le dépistage chez la mère n'a pas été effectué avant.;
    - En cas d'urgence diagnostique devant des symptômes évoquant un syndrome d'immunodéficience acquise (sida).

    On notera que l'accessibilité au test rapide est pour le moins limitée, en dehors des situations d'urgence citées. Ne sont pas prévues l'ouverture de l'accès à ces tests au milieu médicalisé de ville et en milieu communautaire.

    Un groupe de travail a été constitué par le ministère de la santé afin «d'évaluer la faisabilité, et le cas échéant, des modalités d'utilisation des tests rapides d'orientation diagnostique VIH en dehors de ces situations d'urgences». Tout cela sachant que certains attendent les résultats de l'étude ComTEST et de l'étude DRAG réalisée par Aides et l'ANRS ainsi que l'étude Checkpoint réalisée par le kiosque info sida.

    Réactions

    On retrouve peu de commentaires sur les sites associatifs. Aides a publié le 10 juin 2010 une position précisant que «ce texte était une première étape dans l'évolution du dispositif réglementaire du dépistage du VIH en France» et a adressé un texte au ministère concernant ses inquiétudes sur la suite de l'étude ANRS-Comtest. Cette dernière cessera au 1 juillet 2010 en tant qu'activité de recherche biomédicale, les textes réglementaires permettant sa poursuite de façon conforme aux recommandations de la haute autorité de santé n'étant pas disponibles.

    Selon Aides, «ce retard remet gravement en question la poursuite des actions de dépistage communautaire à test rapide auprès d'hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSA) mis en place par AIDES». Et de rappeler les résultats particulièrement alarmants de prévalence et d'incidence de l'enquête PREVAGAY menée avec l'INVS: 17,7% de prévalence et plus de 7% de sero-incidence chez les gays fréquentant les lieux de convivialité parisien.

    Pour sa part Seronet parle de l'attente: «Il a fallu attendre... et attendre, et encore attendre...» pour «une première étape qui accuse un sérieux retard».

    Pour sa part l'association Warning, sous un titre un peu erroné, y voit en effet une ouverture vers les auto-test car, selon cette association « le seul argument que le ministère pourrait opposer désormais au test à domicile est l'absence de conseil en cas de résultat positif ». Rien n'est moins sûr.