Photo de la campagne de l'ALCS, déclinaison de la campagne de Aides, avec la présidente de la conférence, Hakima Himmich.

C'est Jacqueline Capeau, de la Faculté de Médecine Saint-Antoine (Paris) qui a ouvert la session avec une présentation fort soignée sur Vieillissement et VIH. Responsable de l'AC27 à l'Agence nationale de recherches sur le sida , elle a fait une présentation fort convaincante, et un peu glaçante, sur le vieillissement accéléré que subissent les séropositifs. En détaillant le rôle du virus, celui des traitements, mais aussi l'inflammation chronique, tous ces facteurs qui vont induire un vieillissement précoce. La mortalité des séropositifs est supérieure à celle de la population générale et cela est fonction du nombre de CD4. Mais plus la durée de traitement efficace, avec des CD4 au dessus de 500 est longue, plus la mortalité chez les hommes séropositifs se rapproche de celle observée dans la population générale. C'est moins vrai chez les femmes séropositives, où la mortalité reste, même en cas de CD4 élevés, deux fois plus importante que chez les femmes de la population générale. Au dessus de 200 CD4, on meurt rarement du sida, mais d'infections non classantes sida, mais en grande majorité du cancer et des maladies hépatiques. L'immunodéficience induit des problèmes lipidiques ainsi qu'un état d'inflammation chronique. Elle induit aussi une insulino-résistance. 

Le virus va prédisposer au vieillissement de manière majeure et plus on va selon Jacqueline Capeau, prévenir la survenue de ces complications. Une présentation supplémentaire en faveur du traiter tôt.

Une prévalence du VIH très élevée chez les HSH

Cheik Ibrahima Niang, de l'Institut des Sciences de l'Environnement de Dakar, au Sénégal, qui était déjà intervenu le mardi 30 mars lors du symposium Mauvais genre est revenu sur la question de l'homosexualité et du VIH en Afrique. Très régulièrement applaudi, il a commencé par expliquer que l'homosexualité n'était malheureusement pas un sujet pour la science, que les dépenses consacrées à la lutte contre l'infection par le VIH chez les MSM étaient minimes par rapport au poids de l'épidémie dans cette population. Selon lui, le déni, l'inertie et le manque criant de volonté politique sont les facteurs de choix qui expliquent le retard pris par ce continent. 

Dans 14 pays africains, la prévalence a été mesurée et comparée à celle de la prévalence dans la population générale et elle est bien plus élevée (parfois 30 à 50 fois plus). Pour lui, la criminalisation et la stigmatisation expliquent ces fortes prévalences. Mais cette criminalisation est souvent une survivance de la période coloniale et Ibrahima Niang a bien montré comment des articles législatifs homophobes rédigés en France ou au Royaume Uni se sont retrouvés dans les arsenaux législatifs des pays africains. "Nous sommes en retard d'une décolonisation", a-t-il lancé, provoquant les applaudissements nourris de l'assistance. Face à la répression, les conséquences sont pour lui tragiques sur la prévention et sur la prise en charge des HSH. 

Une accumulation de vulnérabilités

Si l'on ne devait retenir qu'un passage de la brillante communication d'Othoman Mellouk, de l'ALCS Marrakech, ce serait ce témoignage poignant sur un usager de l'association, qui arrêté il y a quelques années à l'occasion d'une rafle, est emprisonné, se prostitue, continue la prostitution une fois libéré car sa famille le rejette, apprend sa séropositivité et est victime de violences. Il a vécu la souffrance liée à son orientation sexuelle, à son genre, à son statut de prisonnier et de prostitué, cumulant les vulnérabilités. «C'est aussi cela l'autre visage du sida au Maroc, malgré toutes les avancées qu'on a présenté pendant cette conférence», a lancé Othoman Mellouk avant de rappeler que les phénomènes de stigmatisation et de discrimination persistent. A cet égard, l'ALCS va décliner au Maroc la campagne française de Aides contre les stigmatisations des personnes vivant avec le VIH (photo). Othoman Mellouk s'est ensuite interrogé sur la place que les séropositifs gays, transgenres, travailleuses du sexe, ont dans les associations de personnes vivant avec le VIH. Cette question de la représentation des personnes atteintes, mainte fois posées pendant cette conférence, reste, on le voit, toujours problématique. 

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