Dans de nombreux contextes africains, les inégalités Femme/Homme entraînent une discrimination plus forte envers les femmes et les filles vivant avec le VIH / sida qu'envers les hommes. En raison des normes sociales et culturelles qui s'imposent en matière de sexualité des femmes, celles-ci passent souvent pour « responsables » de la propagation du VIH - et ce, aussi bien de la part des femmes que des hommes. Le risque pour les femmes d'infecter leurs bébés pendant la grossesse ou par l'allaitement accroît le stigma qui leur est attaché en tant que femmes. Les groupes socialement marginalisés - tels que les travailleur-ses du sexe, les toxicomanes, les prisonnier-ères et les migrant-es - sont plus stigmatisés encore. Dans d'autres cas, cependant, les hommes sont perçus comme les propagateurs du VIH et les femmes comme des victimes.

Le rejet de la «faute» sur les femmes peut entraîner une augmentation des violences sexuelles et conjugales, le rejet des familles et des communautés, l'avortement ou la stérilisation forcée, le licenciement, la perte des revenus de subsistance... Ce type de discrimination extrême, surtout lorsqu'elle se double de responsabilités familiales lourdes et de restrictions de l'accès aux ressources, peut véritablement empêcher les femmes séropositives de rechercher une prise en charge, un traitement et un soutien face au VIH/sida. Souvent seules à se faire tester, elles ne peuvent pas se protéger efficacement car elles ignorent le statut sérologique de leur partenaire. Rappelons à ce propos que plus des quatre cinquièmes des nouvelles infections par le VIH chez les femmes surviennent dans le cadre du mariage ou de relations à long terme.

Paradoxe

Pourtant, paradoxe seulement apparent, les femmes ont un meilleur accès aux ARV et à un suivi médical : 58 % des personnes vivant avec le VIH bénéficiant d'un traitement sont des femmes. Une recherche menée au Sénégal sous la direction du Pr Alice Desclaux (IRD) a montré que les hommes sont plus réticents à se faire dépister et à accéder à des services de soins. Pourquoi ? Notamment parce qu'ils considèrent qu'il est dégradant de se confier au personnel soignant, qu'ils craignent qu'une éventuelle découverte de séropositivité ne remette en cause leur rôle de chef de famille ou parce qu'ils refusent de partager un espace d'attente avec des femmes dans les services de santé. Les inégalités de genre frappent donc aussi les hommes, qui sont victimes des assignations de rôles socialement définis.

Une lutte efficace contre la stigmatisation et la discrimination des personnes vivant avec le VIH ne peut s'exonérer d'une réelle prise en compte de la construction des genres et des normes et stéréotypes associés.

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