Le jeudi 21 janvier se déroulait, au Ministère de la Santé, la première journée des cinq coordinations régionales de lutte contre le VIH (Corevih) franciliennes. Le débat s'est rapidement focalisé sur la question, sensible, des regroupements de services.

Un service de médecine ambulatoire consacré aux personnes vivant avec le VIH a été mis en place fin 2009 à l'Hôtel-Dieu, créé par transfert de 1750 patients suivis à l'Hôpital Necker. Certains d'entre eux y étaient arrivés depuis peu, à la suite d'un transfert, début 2009, de l'Hôpital Saint-Michel qui a mis fin à son activité VIH dans le cadre d'un plan de restructuration du groupe hospitalier Paris Saint-Joseph.

Des regroupements sans concertation

Le regroupement des services VIH des hôpitaux Saint-Antoine et Tenon est prévu dans le cadre du projet STARTT (Saint-Antoine, Trousseau/La Roche Guyon, Tenon, Rothschild) qui doit voir le jour en 2012. D'autres mouvements sont évoqués: de l'Hôpital Lariboisière vers l'Hôpital Saint-Louis, des hôpitaux Paul Brousse et Béclère vers l'Hôpital Bicêtre, de l'Hôpital Louis-Mourier vers l'Hôpital Bichat ou encore de l'Hôpital européen Georges Pompidou ( HEGP ) et de l'Hôpital Cochin vers le nouveau service VIH ambulatoire de l'Hôtel-Dieu.

Dominique Salmon, spécialiste du VIH au service de médecine interne de l'Hôpital Cochin, «s'inquiète de ces rumeurs»; Laurence Weiss, chef du service d'immunologie clinique de l'HEGP, dénonce «l'énormité de ce projet» et en souligne l'opacité ainsi que le manque de concertation.

Jean-Yves Fagon, directeur de la politique médicale de l' AP-HP , assure «qu'aucune décision de transfert n'est prise» mais que «le statu quo serait suicidaire pour l'AP-HP et, sur le plan médical, éminement criticable» au vu des évolutions scientifiques. Il précise que «l'offre de soins ne sera pas réduite».

Une logique économique

«La logique est économique, ce n'est pas une logique de soins», considère Gille Pialoux, rédacteur en chef de Vih.org et chef du service des maladies infectieuses de l'Hôpital Tenon qui devrait se regrouper avec le service de l'Hôpital Saint-Antoine.

«Ce qu'on fait dans le VIH ne sert à rien aux yeux de la T2A1», estime Christine Katlama. Avec le système de la T2A, «nous n'avons pas d'actes, nous créons donc peu de recette», constate Gille Pialoux. Il souligne «l'importance du non-médical» dans la prise en charge des personnes séropositives et craint que l'on arrive à «une confrontation entre spécialités rentables et non-rentables». Il ajoute que «le regroupement n'est pas une mauvaise chose à condition de ne pas casser les choses qui marchent». Il s'inquiète de ce que ces regroupements soient l'occasion de réduire les moyens consacrés aux activités les moins rentables, dont le VIH, pour les réattribuer à des services qui le sont davantage selon les règles de la T2A. L'alternative ambulatoire dans le VIH est censée générer des économies. Gilles Pialoux conclut: «Je ne vois pas sa légitimité, j'aimerais que l'on me prouve son efficacité.»

A lire également:

A Paris, le sida malade de la réforme des hôpitaux / E. Favereau. - Libération, 22 janvier 2010.

  • 1. La Tarification à l'Activité (T2A) est un mode de financement des établissements de santé français issu de la réforme hospitalière du plan Hôpital 2007, qui vise à médicaliser le financement tout en équilibrant l'allocation des ressources financières et en responsabilisant les acteurs de santé.