Cet article a été publié dans Transcriptases n°141.

Mais c’est un peu plus d’un an et demi plus tard qu’elle a vu le jour. Difficultés de définition, nombreux partenaires, ses investigateurs ont pourtant eu raison des pesanteurs et des réticences.

C’est dans un contexte épidémiologique bien particulier que se déroule Prevagay (lire l’encadré ci-dessous). La situation épidémiologique de l’infection chez les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes est toujours préoccupante. En France, depuis la mise en place de la notification obligatoire du VIH, sur la période 2003-2007, ce sont plus de 4900 nouveaux diagnostics de séropositivité qui ont été découverts et notifiés chez les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes.

En 2007, les HSH représentent 38% des personnes ayant découvert leur séropositivité dont le mode de contamination était connu. A ce jour, la prévalence réelle de l’infection par le VIH dans cette population n’est pas connue. Les études antérieures se basent en effet sur les déclarations des personnes interrogées et non sur la réalisation d’un test de dépistage comme cela sera le cas avec Prevagay.

Autre point fort de l’étude, elle devrait permettre aussi de mieux connaître la réalité épidémiologique des hépatites parmi les gays, alors qu’on assiste à une augmentation des cas d’hépatite C chez les homosexuels séropositifs.

Selon Annie Velter, la responsable de Prevagay, l’un des premiers enseignements de cette recherche action est qu’elle incite les participants à venir parler de leurs pratiques sexuelles, de leur rapport au risque et aussi du dépistage. Rappelons que Prevagay ne propose pas de rendu de résultat de test et que les participants savent et consentent à un prélèvement sanguin sans qu’on leur fournisse ensuite un résultat. C’est pourquoi il leur est remis une carte d’accès à des centres de dépistage anonyme et gratuit, afin de leur permettre de faire le point. On verra si Prevagay aura comme avantage collatéral d’augmenter encore le nombre de gays qui se dépistent.

Comment se déroule l’étude ?

Première du genre en France, cette enquête baptisée «Prevagay» est réalisée au sein de la population des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes qui fréquentent des établissements gay parisiens. Elle s’est déroulée du 28 avril au 6 juin 2009 dans une dizaine d’établissements volontaires parisiens (bars, saunas, backrooms). Il est proposé aux clients présents dans ces lieux de participer à l’enquête, après avoir reçu une information préalable et donné leur consentement. Des gouttelettes de sang (autoprélevées au bout des doigts) et un auto-questionnaire sur les comportements sexuels seront recueillis pour chaque participant. Les informations collectées sont totalement anonymes. Les premiers résultats de cette enquête devraient être disponibles dans le courant du 1er trimestre 2010.

Prevagay : ce qu’en disent les principaux responsables

Dans une interview accordée à Yagg, les organisateurs de l’enquête, Annie Velter, socio-démographe à l’Institut de veille sanitaire (InVS) et Antonio Alexandre, directeur en charge de la prévention au Syndicat national des entreprises gays (Sneg), expliquent l’importance de Prevagay.

Pourquoi est-ce important de connaître la prévalence du VIH chez les gays ?
Annie Velter :
Les données récentes des nouveaux diagnostics VIH indiquent que les rapports homosexuels masculins sont le seul mode de contamination pour lequel aucune baisse n’a été enregistrée depuis le début des années 2000. Parallèlement, on constate dans cette population une recrudescence des comportements sexuels à risque et une augmentation des infections sexuellement transmissibles ( IST ). Dans ce contexte très préoccupant pour la communauté, il est important de disposer de données biologiques objectives et d’y associer des données comportementales. Jusqu’à présent, seules des données de prévalence déclarées pour le VIH pour la population homosexuelle étaient disponibles par l’intermédiaire des enquêtes comportementales réalisées dans la presse, les lieux de rencontre gay ou sur les sites internet. Elle est évaluée, selon les enquêtes, entre 13% et 15%. Par ailleurs, dans les pays où des enquêtes de type Prevagay ont déjà eu lieu, les résultats ont permis d’établir une photographie épidémiologique plus réaliste.

Pouvez-vous nous donner un exemple ?
Annie Velter :
Certaines enquêtes ont pu montrer une discordance entre les données déclaratives et biologiques pour le VIH. Ainsi, cette discordance allait parfois jusqu’à près de la moitié des hommes interrogés qui ignorait leur séropositivité pour le VIH. Les résultats de Prevagay permettront donc de réaliser des recommandations en termes d’actions de prévention, de stratégie de dépistage VIH, VHC et VHB et de prise en charge.

Quels sont les rôles respectifs de l’InVS et du Sneg dans la mise en place de cette étude ?
Antonio Alexandre :
L’InVS est promoteur de la recherche. Il a rédigé le protocole, soumis la recherche à l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) qui a donné son accord en soutenant scientifiquement et financièrement la recherche. L’InVS a déposé et reçu l’accord du Comité de protection des personnes et obtenu l’autorisation de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé.
Le pôle prévention du Sneg est mandaté par une convention de partenariat par l’InVS pour réaliser la recherche dans les établissements gays parisiens. C’est nous qui réalisons les outils de communication, l’embauche des intervenants, leur formation, et le terrain avec notre équipe de délégués. Les analyses biologiques sont réalisées par les Centres nationaux de référence pour le VIH et les hépatites virales.