Jeudi 29 janvier, des associations de la lutte contre le sida , la tuberculose et le paludisme, et pour l'accès à la santé dans le monde ont relayé l'annonce d'une conférence de presse téléphonique internationale, pour discuter de l'avenir du Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Coïncidant avec le rendez-vous annuel du Forum Economique mondial de Davos, en Suisse, la discussion était centrée sur l'impact de la crise économique sur la lutte contre les trois grandes pandémies. Ont participé Rajat Gupta, président du Fonds Mondial, Michel Sidibé, directeur d'ONUSIDA, Peter Chernin, président de News Corporation et de Malaria No More, ainsi que Jeffrey Sachs, directeur de l'institut des sciences à l'Université de Columbia (New York) et conseiller spécial du secrétaire général des Nations Unies. Joanne Carter, directrice exécutive de RESULTS Educational Fund, modérait les échanges.

Des coupes prévues

Malgré des résultats sans précédent depuis 2001, le Fonds mondial, qui est une initiative financière internationale, n'est pas aujourd'hui en mesure d'assurer ses engagements. Selon le relevé de décision du conseil d'administration du Fonds du 8 novembre 2008, disponible en ligne, plusieurs coupes ont été prévues. Ainsi les pays demandeurs voient s'appliquer une coupe de 10% sur leurs financements de nouveaux projets pour les deux prochaines années, puis 25% pour les trois années suivantes. D'autre part, un plafond de 40% d'augmentation budgétaire s'appliquera sur les projets en cours (Voir également notre article: L'ombre de la crise).

En novembre 2008, seuls 2,8 milliards de dollars avaient été donnés par les pays donateurs. Le 9e round a été repoussé parce qu'il manque près de 2 milliards de dollars pour le boucler et en ce qui concerne 2010, le financement de ces projets réclamera encore 2 à 3 milliards de dollars. Selon Joanne Carter, en 2007, les États financeurs avaient prévu de tripler la taille du fonds. Aujourd'hui, il manque 5 milliards de dollars pour réaliser cet objectif.

Le rôle des États-Unis

Rajat Gupta a insisté sur l'importance de l'engagement des États-Unis. La part des États-Unis représente un tiers des financements. S'ils ne respectent pas leur engagement, les autres pays risquent de ne pas se sentir obligés de le faire. Concernant le PEPFAR, s'il se félicite du travail effectué sur le terrain grâce au Plan présidentiel, Rajat Gupta a rappelé que la contribution devrait être ratifiée chaque année par le Congrès. 

Ce qui ce joue ici, c'est donc aussi le choix entre deux politiques bien différentes de financement, entre la stratégie bilatérale et une stratégie multilatérale. La nouvelle administration Obama pourrait choisir de s'approprier cet axe de combat pour marquer sa différence avec l'équipe sortante.

Un impact indéniable

Le président du Fonds a également rappelé que l'organisation a montré qu'elle était efficace. «L'impact est indéniable, a-t-il ajouté, puisque le Fonds à lui seul a permis de traiter 2 millions de personnes». Pour rassurer les investisseurs, Rajat Gupta a souligné que les contrôles en direction des projets financés seraient encore plus sérieux. 

Michel Sidibé reconnait que la crise qui frappe la planète demande «des ajustements macro-économiques» mais qu'il ne faut pas oublier que le sort de 4 millions de personnes sous traitement et de 12 millions d'orphelins du sida dépend du financement des programmes de lutte contre le sida : «10 millions de morts sont évitables dans les prochaines années, nous sommes à un tournant, ce n'est pas le moment de baisser les bras.»

Un coût économique

Peter Chernin a rappelé quant à lui que l'épidémie de sida avait également un coût économique direct, qui représenterait plus de 12 milliards de dollars par an : «Une petite partie de cette argent est suffisant pour en finir avec le paludisme. Le Fonds est un parfait exemple de programme qui marche et qui peut nous permettre d'obtenir de grandes victoires au niveau mondial.»

Jeffrey Sachs insiste en plus pour souligner le fait que l'effet délétère de l'épidémie est cumulatif : «La perte de capital humain a un effet cumulatif à long terme, qu'on peut chiffrer probablement à 100 milliards de dollars par an. Sans oublier le poids que les populations touchées représentent sur le système de santé de ces pays. Cet argent pourrait être utilisé pour développer la productivité économique.» Jeffrey Sachs a déclaré qu'en 2001, les pays financeurs avaient promis qu'ils financeraient tous les projets valides qu'on leur apporterait : «Ils ont menti», conclut-il, avant de rappeler que les bonus de Noël des dirigeants de Wall Street représentaient cette année près de 18,4 milliards de dollars, quand 35 milliards de dollars étaient déjà partis en fumée. Jeffrey Sachs a proposé que la nouvelle administration américaine reverse au Fonds mondial, les bonus «injustifiés, immoraux» payés aux dirigeants des banques qui ont reçu de l'aide.